Johnny Hallyday:
«Chanter m'aide à me débarrasser de mes vieux démons»

Johnny Hallyday revient avec un album de chansons de blues, «Le Cœur d’un homme». Interview.
Avec cet album, vous réalisez un vieux rêve. Vous sentez-vous soulagé?
Quand on a très envie de quelque chose, on a toujours un peu peur de le rater. Mais là, grâce aux musiciens, le résultat est au-delà de ce que j’espérais. Le dernier jour de l’enregistrement, j’ai eu… le blues. Ça ne m’arrive pas d’habitude, parce je suis toujours content de finir un album. Là, j’aurai bien aimé que ça continue.
Vous êtes entouré d’experts du blues pour cet album…
Oui, ce sont des musiciens absolument fabuleux, des spécialistes du blues. Qui ne sont d’ailleurs pas capables de jouer autre chose. Si on les ramène en France pour jouer de la variété, ils ne sauraient pas le faire. Moi, Français, je voulais faire un album très typé, très blues, mais j’avais une certaine appréhension de jouer avec ces gars-là. Finalement, grâce à leur soutien, à leur désir de faire quelque chose de formidable, je peux être fier du résultat.
Entre ces musiciens experts américains du blues, comme Taj Mahal, et vos auteurs français comme Michel Mallory, où vous situez-vous?
Je suis le pont qui fait que l’échange fonctionne. Je voulais faire un album de blues à la portée du public français. Le blues traditionnel, ça leur passe au-dessus de la tête.
Vous avez pourtant déclaré en avoir marre de faire des albums commerciaux…
Je voulais dire «variétés», c’est le mot plus exact. Parce qu’on cherche toujours à faire des disques commerciaux, qui marchent. Mais je voulais sortir de la tradition de la variété. Je fais beaucoup de tournées. Et quand je choisis les chansons que je vais faire dans un tour de chants, je tourne toujours autour des anciennes. Sur mes trois derniers albums, j’en trouve très peu à chanter en concert Et je ne voulais pas avoir du mal à choisir mon répertoire pour ma prochaine tournée.
Certaines chansons traitent de sujets intimes. Pourquoi les avoir faites maintenant?
Un homme évolue avec sa vie. Et les paroles de ses chansons évoluent avec l’homme. Les choses évoluent avec les états d’âme de l’état présent.
Le thème de la mort est par exemple très présent. Chanter votre peur de la mort, ça vous permet d’exorciser?
Je ne vais pas voir de psychiatre parce que je connais mes problèmes. J’ai cette force. Chanter, ça m’aide à me débarrasser de mes faiblesses, de mes vieux démons, ceux qui me martyrisent au fond de mon âme.
Pour chanter le blues, il faut souffrir?
On chante toujours le mieux ce qu’on a vécu. Pour chanter le blues, il faut avoir vécu des moments terribles, de douleurs ou de joies.
De joies?
Oui, il n’y a pas que de la mélancolie dans le blues. Certaines chansons sont plus des clins d’oeils. Par exemple, «Vous madame» traite de la mort, qui est un sujet sérieux, de façon légère puisque je parle de la mort comme d’une femme.
L’album a été enregistré à Los Angeles, où vous vivez désormais. Que reste-t-il de votre rêve américain?
Le rêve américain, c’est la liberté d’être un homme libre. Bon, on est jamais libre… Mais là-bas, comme je suis moins connu. Ma petite Jade grandit, elle va bientôt aller à l’école et je n’ai pas envie qu’elle soit harcelée comme tous les enfants connus… Je tiens beaucoup à son équilibre. Et puis à Los Angeles, il fait beau toute l’année, on peut faire de la moto tous les jours. Je peux prendre ma moto et aller dans le désert qui est à une heure et demie de route. Et puis il y a la musique, le sport, mes amis… Mes musiciens vivent là-bas, je trouve mon inspiration là-bas. En France, la musique que j’entends ne m’inspire pas énormément.
Belge par le sang, fiscalement suisse, américain pour la musique… Quelle part de vous est encore française?
Je suis né à Paris. Je suis français et fier d’être Français. J’ai fait mon service militaire en France. Je ne me vois pas d’une autre nationalité.
Mais…
J’ai toujours vécu un peu partout. Sauf qu’avant on n’en parlait pas. Si j’avais déménagé à un autre moment que pendant l’élection présidentielle, on n’en aurait pas parlé. Ce que j’aime aux Etats-Unis, c’est que la réussite y est appréciée. Quelqu’un qui réussit, on lui dit bravo. Quelqu’un qui a une belle voiture, on lui dit: «Ah, elle est belle votre voiture!» Alors qu’en France, on la lui raye. La réussite est mal vue ici. Les Français ont un tempérament jaloux. En France, la réussite, gagner de l’argent, c’est louche. Mais l’argent, on ne le vole pas, on travaille pour en avoir. Alors, il y a des métiers où on en gagne moins et des métiers où on en gagne plus, c’est tout. Moi, je fais rêver beaucoup de gens avec ce que je fais. Et quand je vais sur scène, j’essaye de leur donner du rêve. On ne va pas me reprocher ça.
Pourtant, vous espérez plaire aux Français… Anxieux?
On est toujours un peu anxieux, on est jamais sûr de soi. Est-ce que mes goûts correspondent à ceux du public? Je n’en sais rien, on verra bien. Si c’est le cas, j’en serai ravi, ça me permettra de continuer et d’avancer dans la voix que j’ai choisi, qui pour moi est beaucoup plus excitante, musicalement parlant. J’ai tout fait dans ma vie. Qu’est-ce que vous voulez que je fasse de plus? Tout ce que je peux faire, c’est me faire plaisir.
Bonus Tracks : le vieux blues, le Stade de France,
Sarkozy, le Tchad, la Star Academy…

Recette de jeune blues
Le blues a besoin d’être rénové un peu. Parce que ça tourne autour de trois, quatre accords. Mais ce qui compte, ce qui fait du blues une musique exceptionnelle, c’est la couleur que donne chaque musicien à ces trois accords. Le blues, c’est donner son âme.
Une tournée en 2009
J’ai beaucoup de choses à faire d’ici là et le Stade de France n’était pas libre avant 2009, tout comme mes musiciens, qui viennent de Los Angeles. Mon batteur et mon guitariste par exemple font la tournée de Paul McCartney en 2008. Je voulais être fidèle à ces musiciens qui jouent sur l’album.
Le Stade de France en blues
Je ne vais pas faire que les chansons de l’album au Stade de France. Il y a des chansons incontournables, qu’on ne peut pas zapper comme ça d’un coup, comme «Toute la musique que j’aime», «Gabrielle»… Ce sera un mélange avec aussi les chansons de l’album que je vais faire en 2008.
Secrétaire d’état à la Rock’n’Roll attitude?
La politique, ce n’est pas mon métier. Moi, je suis acteur et chanteur, je m’arrête là. La politique, ça m’ennuie. Je laisse ça aux politiciens. Ils le font très bien. Très souvent ils sont plus stars que les stars, c’est très bien. C’est leur problème, c’est pas le mien. Ma vie est assez compliquée comme ça.
Sarko Show, stop ou encore?
J’ai vu à la télévision Sarkozy aller au Tchad libérer les journalistes et les infirmières espagnoles (les hôtesses espagnoles, ndlr). C’est formidable ce qu’il a fait, non? Eh bien qu’est-ce que je vois? Il est critiqué pour ça. Ça c’est français. Chaque fois qu’un homme fait quelque chose de bien, il est critiqué. Pourquoi?
Ça me révolte quelque part. Je suis très calme, je suis très zen, je fais du yoga. Mais il y a des choses qui me crispent, qui me donnent envie de dire: «Trop, c’est trop! Ça suffit!Soyez au moins contents de quelque chose. Arrêtez de critiquer tout!»
Les jeunes peuvent-ils chanter le blues ?
C’est difficile, parce qu’ils n’ont pas encore de passé, ils n’ont que de l’avenir. L’homme, ou la femme, évoluent avec le temps, ou avec leur propre vie, et ils apprennent. Les sentiments, on ne peut pas les inventer.
Ça prend du temps. On n’apprend pas ça en trois mois à la «Star Academy». La «Star Academy», c’est bien pour apprendre à bouger sur scène, à chanter juste… Mais on n’apprend pas les sentiments qu’on n’a pas encore vécus.
Recueilli par Benjamin Chapon
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