Alors là, j'ai trouvé un interview de 2004 où Johnny disait déja sa vérité sur plusieurs sujets... on peut donc penser que l'album qu'il vient de sortir maintenant est une mûre réflexion ou une synthèse de ce qu'il a sur la patate. Universal, l'hôtesse, sa tante... de plus Daniel Rondeau, l'interviewer est une de ses connaissances et la sincèrité est donc de mise.
Encore un sujet de discorde avec mes amis au sujet de la situation financière de Johnny. Ils rigolent lorsqu'il dit "s'il m'arrivait quelque chose, je ne laisserai rien à mes enfants" et de gloser en estimant qu'il aurait pu y penser avant avec tous les milliards qu'il a claqué. Et bien sûr, ils m'ont encore trouvé "partiale" dans ma façon de le défendre. Il faut dire qu'avant, j'étais comme Johnny. L'argent et moi, on était fâché. Je ne voulais pas compter. En 1982, j'ai touché plusieurs millions et au lieu de les mettre de côté... je suis partie faire le tour du monde et j'ai tout claqué en un an. Eh oui... restent les souvenirs... et la galère du poète... donc que Johnny ait profité de la vie, je peux le comprendre tout à fait.
Histoire d'une interview
Quelques jours plus tard, nous retrouvons, toujours à Paris, notre table fétiche au bar de l'hôtel Raphaël. Un expert-comptable assiste à la conversation, pour nous aider à déchiffrer un passé compliqué. Johnny, assez sombre, fait sa figure des mauvais jours. Tombé pendant le week-end sur son bateau, il se déplace avec des béquilles. Ce n'est pas le plus grave. Il s'estime maltraité par sa maison de disques et s'en montre blessé. Johnny a toujours connu des hauts et des bas.
Cette vie hyperbolique, où se devine une souffrance perdue, a été la matrice de sa légende. Mais, cette fois, lui qui a toujours été ressuscité par des projets se trouve empêché de rêver. Incapable de se projeter dans l'avenir, le rossignol encagé tourne en rond à l'intérieur de lui-même. Nous partageons un thé, le premier en trente ans d'amitié. Puis quelques verres de vin blanc, quand même. La fin de l'interview se déroule dans sa maison de Marnes-la-Coquette, en deux temps.
C'est d'abord un homme plus cafardeux que jamais qui m'accueille dans son bureau. Le lendemain, son avocat vient de lui faire savoir que les documents (radios et certificat médical) produits par la jeune femme qui l'accuse de viol étaient des faux, et reconnus comme tels par les juges. L'influx est revenu, la combativité aussi. Il se déclare prêt à aller jusqu'au bout, et à renoncer à chanter, s'il le faut. Johnny le révolté. Un coup de fil nocturne, à son retour d'un week-end à Tanger, au Maroc, apporte à ses propos quelques précisions de dernière heure.

En juin dernier, Johnny Hallyday a fêté ses 60 ans devant le public du Parc des Princes, suscitant une ferveur médiatique plus paroxystique que jamais, après plus de quarante ans de présence sur le devant de la scène. Cet être complexe, aphasique et poétique, suicidaire et dévorant, travailleur infatigable, validait une fois encore sa présence durable sur le podium des mythologies françaises. Après l'apothéose de juin, il est entré dans une zone de tempêtes. Une jeune femme, hôtesse sur un bateau, l'a accusé de viol. Sa participation au financement de l'Amnesia, boîte de nuit lancée à Paris par son beau-père, a suscité diverses rumeurs. Enfin, et c'est le plus important, le chanteur a décidé de rompre avec sa maison de disques de toujours, Universal, provoquant ainsi un véritable séisme dans le monde du show-biz. Pour L'Express, et pour la première fois, Johnny Hallyday s'explique sur ce qu'il considère comme un tournant dans sa vie d'artiste
Qu'est-ce qui se passe?
J'en ai marre.
Marre de quoi? C'est toi qui as décidé de quitter ta maison de disques. Tu n'as jamais expliqué tes raisons.
C'est vrai: pour moi, c'était une affaire privée. Si je parle aujourd'hui, c'est parce que je n'en peux plus de voir que tout le monde raconte n'importe quoi, que je suis un artiste super bien traité, etc. La vérité est loin de ce qu'on a pu écrire ou dire jusqu'à présent. Je suis un baladin qui gagne sa vie avec sa voix et sa guitare depuis qu'il est môme. Françoise Dolto, la mère de mon ami Carlos, a raconté dans un de ses livres (La Cause des adolescents) les difficultés que j'ai rencontrées à cette époque-là. Carlos venait avec moi quand je n'arrivais pas à me faire payer. Il avait 16 ans, mais il était efficace. Comme disait Maman Dolto, il prenait son rôle de gorille très au sérieux. Si tu veux, j'ai l'impression qu'il y a longtemps que je me fais avoir, et de ça aussi, j'en ai marre.
A part tes premiers disques, chez Vogue, tu as fait toute ta carrière dans la même maison?
Je suis dans la même maison de disques depuis le 1er octobre 1961. Ce jour-là, j'ai signé mon premier contrat avec Philips, ou plutôt ma mère a signé pour moi, car j'étais mineur. Mon deuxième contrat a été signé pour vingt ans (1968-1988), en 1966, sans attendre la fin du contrat précédent. Deux contrats se chevauchant ont été fusionnés en un seul. Depuis, Philips s'est appelé Polygram, Phonogram. Maintenant, c'est Universal, dirigé par Pascal Nègre. La boîte a été revendue plusieurs fois, et moi avec. La direction a changé de tête: j'ai connu sept Pascal Nègre; beaucoup de gens ont bougé à l'intérieur; moi, non, je suis toujours là. J'ai peut-être des défauts, mais personne ne pourra m'accuser d'avoir été léger ou frivole avec mon employeur. Tu en connais beaucoup qui sont restés fidèles pendant plus de quarante ans?
Ça peut vouloir dire que tu t'y sentais bien?
Disons que je ne pensais qu'à mon métier, à mes disques et à mes tournées, sans me préoccuper du reste.
Et, quand tu avais des soucis d'argent, pas de problème, c'est ta maison de disques qui se chargeait de les résoudre?
En 1978, quand j'habitais encore avenue du Président-Wilson, j'ai eu un problème pour payer mes impôts. Je crois que je devais environ 8,5 millions de francs au fisc. Je sais chanter, aujourd'hui je sais jouer la comédie, mais je n'ai jamais pu, jamais su, jamais voulu, diront certains, m'occuper de ce genre de problèmes, que j'ai toujours du mal à comprendre. Compter m'ennuie terriblement.
On t'a aimé aussi pour cela, pour ta façon de jeter l'argent par les fenêtres? De ne pas compter, ni à la ville ni à la scène?
Je suis comme je suis, mais je pense aujourd'hui que j'aurais pu être le même sans forcément devenir l'otage d'un système. Et maintenant je m'aperçois que, dans l'état actuel de mes relations avec Universal, s'il m'arrivait quelque chose, je ne laisserais rien à mes enfants. Cette idée m'est insupportable: j'ai quand même trimé toute ma vie! Avant, je n'y pensais pas. Il y a peut-être un âge pour jeter l'argent par les fenêtres, comme tu dis, et un autre pour penser à l'avenir de ses enfants.
Donc, en 1978, problèmes avec le fisc?
Oui, et mes conseils sont allés trouver ma maison de disques, qui a proposé de me prêter de l'argent, précisant qu'elle prélèverait pour se rembourser 50% de mes revenus. Je ne vais pas entrer dans les détails, je risquerais de m'y perdre, mais disons qu'en 1985 rebelote. Il me manque 3,5 millions, pour le fisc et le reste. J'entre alors dans une spirale infernale qui va durer jusqu'en 1996. De 1978 à cette date, Universal me prête environ 100 millions de francs. Les modalités de remboursement deviennent de plus en plus extravagantes, par des prélèvements directs allant jusqu'à 90% des royalties me revenant, et pèsent sur mes contrats de travail. Je dois m'engager pour de nouveaux albums. Mes contrats de travail ou de prêt n'ont plus de terme; c'est un mouvement sans fin qui m'enchaîne de plus en plus. Au fil des ans, ma maison de disques me dépouille petit à petit d'une part de mes ressources et de mes biens. Je perds la licence de mon nom, mon propre nom quand même, pour certains merchandisings, et la propriété de ma maison, villa Molitor, à Paris, puis de la Lorada, à Ramatuelle.
Tu dois toujours de l'argent à Universal?
Non. J'ai emprunté 35 millions à Universal en 1996. Puis j'ai trimé comme une bête pour rembourser - il n'y a qu'à jeter un oeil sur mon emploi du temps, je n'ai jamais arrêté, tu le sais mieux que personne. Et j'ai acheté ma maison de Marnes-la-Coquette sans passer par eux. J'ai emprunté à une banque, qui est déjà remboursée. Depuis juin 2003, je ne dois plus rien à Universal; c'est la première fois, et je dois dire que je me sens mieux: je n'ai jamais aimé avoir des dettes. Une fois que j'ai été totalement affranchi, je me suis dit: enfin, je vais pouvoir reparler de mes contrats avec eux, en homme libre.
Mais tu t'es accommodé de ce système que tu dénonces maintenant. Un système qui t'arrangeait.
Oui. J'ai eu tort, j'aurais mieux fait d'appeler directement mon banquier. L'argent qui me manque, ce n'est pas celui que j'ai dépensé, c'est celui que l'on ne m'a pas donné ou que l'on m'a pris.
Avec Pascal Nègre, aussi?
Qu'en dit le métier?
Est-ce que tu as envisagé que tu pouvais perdre?
Si tu perds...
C'est grave, ce que...
Il y a toujours eu du roman dans ta vie. Tu écris un nouveau chapitre: Johnny versus Universal.
Lesquels?
Post-scriptum
En quarante-quatre ans de carrière, Johnny Hallyday a vendu plus de 100 millions de disques, remporté 39 disques d'or (plus de 100 000 exemplaires) et 14 disques de platine (plus de 300 000). A la vie, à la mort!, son dernier double album, sorti à l'automne 2002, a dépassé 1,5 million d'exemplaires.
Un interview à la sortie de son album "Sang pour Sang"... un de mes préférés... notamment la chanson de Sagan... j'aimais bien cette dame. Une rebelle aussi.
LE SANG HALLYDAY
En famille

Le cru 1999 de Johnny Hallyday s'intitule Sang pour sang. Son nouvel album, qui sort aujourd'hui, multiplie les symboles: toutes les musiques et la co-réalisation du disque sont l'ouvre de David Hallyday, fils de Johnny. Ensuite, une pléiade de plumes réputées ont apporté leur contribution à l'album: des fidèles de longue date (Michel Mallory, Philippe Labro), quelques personnalités habiles (Zazie, Pierre Grillet), des nouveaux qu'on n'attendait pas dans ce rôle (Miossec, Vincent Ravalec) et surtout Françoise Sagan, qui n'avait plus écrit pour la chanson depuis des lustres.
- Ce qui surprend, quand on aborde Sang pour sang, c'est la présence sur le disque d'une chanson écrite par Françoise Sagan. Quand j'ai commencé à travailler avec mon fils pour l'album qu'on devait faire ensemble, il m'a dit: "Tu n'avais pas un texte de Françoise Sagan?" J'ai répondu: "Laisse tomber, on est sept à s'être cassé le nez dessus, on n'y arrivera jamais. Les musiques ne sont pas à la hauteur du texte." Il est parti avec les paroles et deux jours après, il est revenu avec la musique. Ensuite, on a voulu que le choix des auteurs soit homogène, corresponde au niveau de Françoise Sagan. C'est pour cela qu'on a choisi des gens comme Miossec, Zazie, Labro... - Vous connaissiez déjà bien Miossec? - Vous écoutez beaucoup de musique? - Était-ce intimidant de travailler avec votre fils? - Vous revenez de tournée: avez-vous déjà chanté des chansons de cet album sur scène? - Cela apporte-t-il beaucoup de travailler vite? - Toutes les chansons de Sang pour sang vous ressemblent? - Justement, vous sentez-vous l'envie, pour vos concerts à l'Olympia l'été prochain, de jeter un oeil dans le rétroviseur? - Cela vous fait des surprises? - Quelle est la proportion de bons souvenirs dans votre carrière? - Et votre pire souvenir? Propos recueillis par Bertrand DICALE Sources : RFI Posté par Adriana Evangelizt
Johnny HALLYDAY: - Ce texte a été le point de départ de l'album. Je l'avais déjà depuis deux ans: Françoise l'avait écrit à ma demande, très vite, à la suite d'un dîner. J'avais essayé d'en faire la musique, puis d'autres compositeurs m'avaient proposé des musiques qui ne me satisfaisaient pas. J'aimais beaucoup cette chanson mais j'ai laissé tomber en me disant que personne n'allait y arriver et que, vraisemblablement, ce n'était pas un texte pour une chanson.
- Je connaissais un de ses albums.
- Non. J'écoute la radio dans ma voiture ou je vais voir des concerts. Je fais déjà de la musique, alors je ne vais pas m'enfermer chez moi pour écouter des disques. Je suis un peu comme mon fils: je déteste le studio. Mais il faut bien y aller pour enregistrer. Autant j'aime la scène, autant je m'ennuie en studio. J'aime travailler rapidement, qu'une chanson vienne dans les dix minutes.
- Oui, bien sûr. Mais ça l'était pour lui aussi. Il était dans ses petits souliers et moi aussi j'étais très stressé. Pour lui, c'est aussi important, sinon plus, d'être reconnu comme compositeur que comme chanteur. Il veut écrire pour d'autres, ne pas seulement chanter ses chansons. Et la première fois qu'il écrit un album pour quelqu'un d'autre, c'est pour son père. Alors, on a fait cet album en connivence, avec beaucoup d'amour, mais en même temps avec beaucoup d'inquiétude. Et on en est sortis vivants...
- Je ne le fais pas parce que je n'ai jamais le temps. Je suis resté trois semaines en studio pour cet album alors que d'habitude on prend deux mois. Je venais de finir le film de Laetitia Masson, Only You, avec Sandrine Kiberlain, puis je suis rentré en studio avec David et je partais en tournée le 28 juin. Il fallait impérativement que l'album soit fini le 27 parce que je prenais mon avion à 11 heures pour aller chanter à Grenoble, mon premier concert. Je ne pouvais pas trainer en longueur!
- L'état d'urgence nous fait faire obligatoirement quelque chose de plus vrai que quand on a le temps. Il y a des artistes qui restent un an en studio. Le résultat peut être formidable, mais ce n'est pas obligatoirement mieux que quand on doit rendre le studio tel jour à telle heure.
- Pourquoi ne jamais avoir acheté de studio, pour simplifier les choses?
- J'y ai pensé, bien sûr. J'ai fait un album chez moi à la Lorada, à Saint-Tropez, et ça été un enfer. Les musiciens habitaient sur place, on avait installé tout le matériel dans la maison. Dès le matin à neuf heures, quand je descendais pour le petit déjeuner, il y avait quarante personnes dans le salon qui tiraient des fils. Au bout d'une semaine, on a tout remballé et on est retourné à Paris finir le disque en studio.
- Pas obligatoirement. Dans le choix des chansons d'un album, on est un peu comme un acteur: il faut s'adapter à son choix, et pas forcément en fonction de ce que l'on est. Sinon, on chanterait toujours la même chose, ce qui n'est pas marrant.
- Il est certain que je ferai quelque chose de cet ordre, que je reviendrai sur les premières chansons que j'ai chantées - ou du moins les moins nouvelles -, des chansons que je n'ai pas encore chantées ou une fois seulement, un peu comme un best of. Je fais voter les fans sur bulletin: ils choisissent sur soixante chansons celles qu'ils souhaitent entendre. Je commence à recevoir des bulletins.
- Par exemple, une chanson des années 70 que vous ne devez pas connaître et dont je ne me souvenais plus, Comme une ombre sur moi, a obtenu plus de trois cents voix alors que J'ai oublié de vivre en a obtenu seulement 180.
- Sur l'ensemble de tous les spectacles, 80% de bons souvenirs.
- J'étais sûr que vous me le demanderiez. Mais j'ai tendance, là-dessus, à avoir mauvaise mémoire...


